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QUI SUIS-JE ?

Julia, 30 ans.

Parisienne expatriée à Genève.

Mariée depuis Juin 2015, happy Mom d'une petite Olive depuis Septembre 2016.

J'adore lire, Danse Avec Les Stars et traîner sur Pinterest.

Je déteste le yoga et le jambon.

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Comment la maternité m'a rendue féministe

June 20, 2018

 

 

Avant de devenir maman, le féminisme ne me disait trop rien.

 

Oui bien sûr, j’étais pour l’égalité des sexes mais j’associais un peu les féministes aux fémens, seins à l’air et poils sous les bras qui buglent pour un oui pour un non, militent pour faire entrer « doctoresse » ou « mairesse » dans le langage courant et foutent des coups de boule aux jeunes hommes qui auraient le malheur de leur tenir la porte dans le métro. Bref, je trouvais tous ces combats un peu too much et ne prenais jamais vraiment partie dans le débat féministe.

Et puis, nous sommes devenus parents. Et j’ai compris que l’inégalité homme / femme était bien une réalité, qui même si vous venez d’un milieu social et professionnel où vous avez toujours été épargnée, finira par vous frapper de plein fouet.

La prise de conscience a été d’autant plus grande chez moi que je partage ma vie depuis plusieurs années avec un homme qui a le même diplôme que moi, un poste équivalent, un salaire et des perspectives d’évolution similaires. Dans notre couple, nous avons toujours partagé les tâches ménagères : courses, ménage, rangement, intendance. Bref, je n’ai jamais eu le sentiment de subir ma condition de femme et de moins m’épanouir professionnellement ou socialement que mon conjoint ou n’importe quel homme en général. Et puis le Patachou est né, et comme toutes les femmes devenant mômans, j’ai eu le droit à un congés maternité, que j’ai A-DO-RÉ et dont je me suis délectée sans réaliser qu’il creusait les prémices de l’inégalité homme / femme.

 

 

L’inégalité H/F au sein du couple

 

Après la naissance d’un marmot, l’inégalité H/F est d’abord une réalité au sein du couple. Si vous n’avez pas déjà lu la bande-dessinée d’Emma au sujet de la charge mentale, je vous demanderais de bien vouloir sortir de votre grotte immédiatement et vous jeter sur cette pépite, publiée en 2017 (c'est par ici). Pour résumer en une phrase ce concept tellement obvious, la charge mentale c’est le fait que la femme, au sein du foyer, est sans cesse en train de cogiter. Elle pense au dentifrice et aux sacs poubelles qu’il faut absolument penser à racheter en rentrant du boulot, elle a en tête la date du prochain vaccin chez le pédiatre, la deadline pour inscrire les minus au cours de judo et sait intuitivement quoi préparer pour le buffet de la kermesse de l’école ; là où le mâle, aussi serviable et fabuleux soit-il, endossera plutôt la casquette de l’exécutant, en attente des ordres de l’adjudant-chef. Evidemment qu’il ira acheter les sacs poubelle ou inscrire les enfants au judo s’il le faut (et avec le sourire s’il-vous-plait !), mais à la différence de sa douce, son esprit à lui n’est jamais complètement encombré de listes de courses, de dates de rendez-vous scolaires et médicaux ou de check-lists de valises à préparer pour le prochain weekend en famille. Son esprit à lui, ne supporte pas (ou moins) la charge mentale.

 

Et comment pourrait-on lui en vouloir ? Comment pourrait-il en être autrement dans un modèle sociétal où la femme, après avoir porté puis mis au monde l’enfant, est tenue de rester auprès de lui, au moins ses 4 premiers mois de vie, alors que le mâle ne doit rien changer à sa vie active - ou alors quoi, 10 jours, tout au plus ? Comment voulez-vous que les papas connaissent la date du prochain rendez-vous chez le pédiatre alors qu’ils étaient en conf-call lors du rendez-vous précèdent ? Et comment voulez-vous qu’ils soient aussi imbattables que nous sur la diversification alimentaire alors que nous, on a eu des aprem entières en congés mat pour se renseigner sur le sujet ? Je me souviens d’un jour où nous avons eu un débat sur la charge mentale avec Sweety Pie et il m’a dit : « Moi, je ne te demande pas parce que je ne sais pas prendre d’initiatives, je te demande parce que tu sais toujours mieux ce qui bon / bien ou plus approprié pour le Patachou. C’est ton instinct maternel. » Bien sûr ça m’a beaucoup flatté qu’il me perçoive comme une mère super in control alors que je n’y connaissais foutrement rien, mais surtout j’ai réalisé que ce que les mecs interprètent comme l’instinct maternel est juste le résultat d’une meilleure maîtrise du sujet « BABY » due à notre présence permanente auprès du minuscule. À la fac, celui a passé sa journée à la bibli a plus de chances de réussir ses partiels que celui qui déboule tout droit du terrain de foot, pas vrai ? Bah la maternité c’est pareil… Les femmes ne naissent pas en sachant qu’une turbulette vaut mieux qu’une couette les 24 premiers mois et que passer un anneau au congélo peut soulager les poussées dentaires. En revanche, on leur donne la chance de passer les premiers mois qui suivent la naissance auprès de leur progéniture, alors elles ont le temps de l’apprivoiser, de comprendre ce qu’il aime ou déteste, de se documenter et de tester tel remède de grand-mère ou telle astuce Montessori. Et ces pauvres papas, bah on ne peut pas leur en vouloir de penser que Montessori est un village en Sicile et d’être moins être au taquet que nous sur tous ces sujets quand ils ont passé la journée au boulot et non à la maison auprès du minuscule. Car au bout du compte, lors de ces premiers mois ô combien décisifs, c’est environ 10h de plus par jour que passe la mère auprès de l’enfant par rapport au père…. Soit 50h par semaine. Soit 200h par mois. Bref, à la fin du congé mat’, un minus aura passé environ 33 jours de plus auprès de sa mère que son père. Il y en a-t-il dans la salle qui n’ont toujours pas compris en quoi le congé mat creuse les prémices de l’inégalité homme / femme ? La suite n’est que la continuation logique et naturelle des choses…

 

 

L’inégalité H/F au sein de la société

 

Et puis, il y a l’inégalité homme / femme au sein de la société. Mon sujet préféré, youpi ! Celle-là, même si votre mari est Suédois et que vous ne cautionnez pas une ligne de ce que j’ai raconté plus haut sur l’inégalité au sein du couple ; elle doit bien vous dire quelque chose… (Bon, sauf si en plus d’être en couple avec un Suédois, vous vivez en Suède. Mais dans ce cas, comment vous êtes-vous retrouvé sur ce blog petite fripouille ?!). L’inégalité H/F au sein de la société s'illustre par toutes ces petites réflexions qu'on peut entendre à la machine à café, au supermarché ou dans la salle d'attente du médecin. Voici un florilège des réflexions complètement sexistes que vous (Oui, oui, même vous là-bas, qui êtes une femme et qui vous vous dites féministe !) pouvez avoir au quotidien sans vous en rendre compte :

 

  • Au travail, à votre collègue Jean-Mi, vous informant qu’il prend son aprem pour accompagner son minus à sa sortie de classe à la ferme de Gally :

« Wahou ! Tu es vraiment un papa en OR, toi ! Il doit être tellement fier devant ses copains que son papa se libère pour accompagner une sortie de classe ! »

Alors que Stephanie qui a fait la même chose la semaine dernière a vraiment un sacré poil dans la main celle-là...  Et pour son gosse, mon dieu... Assumer cette mère oisive auprès de ses petits copains, ça a du être super gênant...

 

  • Dans l’établissement dont vous êtes le propriétaire (restaurant, bar, cinéma, aéroport, gare, fast-food... Liste non exhaustive) à l’architecte en charge des travaux :

« N’oublions pas de prévoir une table à langer et un espace de change dans les toilettes des femmes, ce sera très apprécié par notre clientèle féminine et indispensable pour fidéliser les familles ! »

Ah… Dommage ! Tu as presque eu une bonne initiative, mais tu es tombé dans le panneau sexiste en assumant que seules les femmes étaient homologuées pour torcher le cucul de leurs marmots… Essaie encore !

 

  • Au travail, à votre employée à qui vous venez de trouver un nouveau poste :

« Tu vas voir, c’est vraiment un poste idéal pour la jeune maman que tu es : horaires tranquilles, responsabilités limitées et même temps partiel négociable si tu le souhaites ! »

Sans oublier anéantissement de toute perspective de promotion et de toute ambition, soit le rêve de toute femme, non ? En tout cas merci de réserver ce poste aux jeunes mamans uniquement mais surtout jamais aux jeunes papas. Faudrait pas qu’ils passent pour des mecs fragiles, hein ?!

 

  • Avec vos potes, au sujet de Floriane, votre copine de fac qui poursuit une brillante carrière et affiche 3 enfants au compteur :

« Nan alors elle… Je ne sais vraiment pas comment elle fait ! Je ne vois pas comment tu peux être à ce niveau professionnellement et assumer 3 enfants en même temps. Clairement, elle ne doit jamais s’en occuper et doit être une mère épouvantable… »

C’est marrant, on ne dit jamais la même chose des hommes qui ont de carrières brillantes et des enfants, non ? Je n’ai pas l’impression d’avoir souvent entendu de débat sur des capacités de Mark Zuckerberg à assumer son poste de CEO de Facebook avec deux enfants en bas âge, non ?

 

 

Bref, vous l’aurez compris, les attitudes et petites réflexions sexistes sont à chaque coin de rue et ne viennent pas seulement de gros vilains machos venus d’une autre époque. Je me suis moi-même surprise à penser « Tellement awkward… » à propos du personnage de Ruben dans la série Netflix « The Letdown », un papa qui reste à la maison après la naissance de leur fille quand se femme retourne bosser, et qui va aux cours de soutien aux jeunes mamans, répond présent aux sorties poussettes au parc et autres ateliers de portage. Shame on me… Finalement, ce sont ces idées préconçues sur ce qu’une femme ou un homme veut et doit accomplir dans sa vie et toutes ces petites réflexions et attitudes sexistes qui entretiennent l'inégalité H/F dans notre société. Alors, vous allez me dire que je vais trop loin et que ça part d’un bon sentiment de proposer à une jeune maman un mi-temps à son retour de congé mat, ou que beaucoup de femmes sont ravies de faire une pause dans leur carriere pour se consacrer à leurs enfants et je suis 100% d’accord avec vous. Mais je maintiens qu’il ne faut pas entretenir ce conditionnement autour du rôle de la femme et de l’homme et en assumant pour chacun des genres que l’une rêve forcément de pouponner au détriment de sa vie professionnelle quand l’autre est trop ambitieux et pas assez délicat pour pouvoir s’occuper d’un petit aussi bien qu’une femme.

 

 

Et après, qu’est-ce qu’on fait ?

 

Si vous êtes affligée après la lecture de cet article, que vous réalisez qu’effectivement le congé mat is a bitch, que vous-même avez parfois des réflexions sexistes sans vous en rendre compte et que vous vous demandez comment faire bouger les choses, voici quelques next steps que je vous propose d’appliquer à nos vies :

  1. Signons des pétitions pour l’égalité du congé mat au sein du couple. Tout commence par là, alors ne ratons pas cette étape décisive. Ça marche dans les pays nordiques, alors pourquoi pas chez nous ?

  2. Comme on n’arrivera pas à faire bouger le schmilblick avant plusieurs annees (décennies ?) et dans la mesure du réalisable (financièrement et sans se faire virer), encourageons les jeunes papas à partager autant que possible le congé mat avec nous et ôtons leur de la tête que l’instinct maternel nous rend beaucoup plus compétentes qu’eux.

  3. Arrêtons les réflexions sexistes : laissons chacun et chacune libre d’assumer ses choix de vie, de carrière et d’éducation. On peut être une femme et ne jamais vouloir d’enfants, un homme et rêver d’être au foyer pour pouponner, vouloir 5 enfants mais une carrière extraordinaire, etc…

Sur ces belles paroles, je m’arrête en pensant avec émotion au jour où on racontera à nos petites filles : « Tu sais Euphegenie, il y a encore quelques années, seules les toilettes des femmes étaient équipées de tables à langer, tu te rends compte ?! » Et Euphegenie n’en croira pas ses oreilles….

 

 

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